Par Innocent Grant, membre du secrétariat de l'ICFP et coprésident du sous-comité Jeunesse
Depuis toujours, la Conférence internationale sur la planification familiale (ICFP) organise une pré-conférence pour les jeunes, qui offre à ces derniers un espace où se réunir pour échanger librement sur les questions qui leur tiennent le plus à cœur. Ces rencontres sont bien plus que de simples réunions : ce sont des plateformes d’échange de connaissances, de clarification des valeurs sur des sujets sensibles et d’échanges culturels. L’ICFP a toujours accordé une grande importance à la création d’espaces propices au réseautage et à l’apprentissage interculturel.
En quoi le Sommet de la jeunesse 2025 était différent
En 2025, cette mission était plus forte que jamais. La pré-conférence des jeunes a été rebaptisée Sommet de la jeunesse, un changement qui peut sembler simple, mais qui symbolise quelque chose de bien plus intentionnel. Ce changement de nom reflète un espace plus dynamique et distinct où l’éducation, le partage des connaissances et les échanges culturels se rejoignent de manière plus intégrée.
Le sommet a été coordonné par les coprésidents jeunesse de l'ICFP avec un objectif clair : montrer à quoi ressemble la pratique de l'idéation dans le cadre d'un partenariat intergénérationnel constructif.
Ce sommet n’a pas été conçu uniquement par des jeunes. Il a réuni à la fois de jeunes leaders et des alliés plus âgés, qui ont travaillé main dans la main pour co-créer une expérience intergénérationnelle. L’objectif était de créer un espace dynamique où les idées et les solutions naissent collectivement. Le premier jour, les responsables de la Feuille de route mondiale pour l’action (GRA) en faveur de la santé et des droits sexuels et reproductifs des adolescents et des jeunes (AYSRHR) ont animé des ateliers qui ont servi de plateformes d’idéation ; le deuxième jour, ce sont les « Youth Trailblazers » de l’ICFP 2025 qui ont animé ces ateliers. Les séances plénières ont réuni à la fois de jeunes leaders et des hauts responsables d’organisations mondiales et des Nations Unies, créant ainsi un espace propice au dialogue intergénérationnel.
Je tiens également à saluer et à remercier les partenaires qui ont soutenu le Sommet de la jeunesse. Il ne fait aucun doute que de tels rassemblements sont absolument indispensables : ce sont des espaces où la voix des jeunes n’est pas seulement entendue, mais où elle occupe une place centrale.
Les dix meilleures idées
Au cours des semaines qui ont suivi le sommet, nous avons recueilli et examiné les résumés des discussions, dans le but d’identifier les idées les plus marquantes qui en sont ressorties. Un message s’est clairement dégagé : la nécessité d’impliquer de manière significative les jeunes dans tous les espaces de prise de décision et de veiller à ce qu’ils disposent de moyens financiers suffisants pour stimuler l’innovation. Nous avons également constaté le rôle déterminant que jouent les arts au service de la défense des droits (Arts4Advocacy), en particulier la musique et l’illustration, en tant qu’outils d’engagement et de changement.
Vous trouverez ci-dessous un résumé des dix principales idées mises en avant par les jeunes participants et leurs alliés adultes. Cliquez sur les signes « + » à droite de chaque idée pour en savoir plus.
1. Placer les savoirs autochtones et les réalités vécues au cœur de l'action en matière de santé et de droits sexuels et reproductifs et de lutte contre le changement climatique
Les jeunes ont souligné que les solutions en matière de climat et de santé et de droits sexuels et reproductifs doivent intégrer les systèmes de connaissances autochtones, soutenir les communautés apatrides et déplacées, et éviter les pratiques de recherche extractives. Les jeunes autochtones devraient disposer de plateformes leur permettant de mener des actions de plaidoyer, de concevoir des interventions et d'influencer les politiques.
2. Intégrer les indicateurs relatifs à la violence sexiste et aux droits fondamentaux dans l'ensemble des programmes en matière de santé et de droits sexuels et reproductifs
Les jeunes ont appelé à ce que les programmes relatifs aux droits sexuels et reproductifs intègrent des indicateurs sur la violence sexiste, des mesures tenant compte du handicap et des plans d'action en faveur de l'égalité des sexes, en particulier dans les régions en crise ou touchées par le changement climatique. Le renforcement des systèmes de suivi fondés sur les droits a été présenté comme essentiel pour garantir l'équité et la responsabilité.
3. Utiliser l'empathie, la narration et le « Photo-Voicing » comme outils clés de documentation et de plaidoyer
Les rapports ont confirmé que les récits constituent des données. Le storytelling, les témoignages, les récits numériques et les méthodologies « photo-voice » contribuent à humaniser les questions liées à la santé et aux droits sexuels et reproductifs (SDSR) et à susciter un engagement émotionnel. Les jeunes considèrent l'empathie non pas comme une simple compétence non technique, mais comme une exigence fondamentale pour la conception des programmes et l'influence sur les politiques.
4. Investir dans les jeunes entrepreneurs et leur offrir des financements flexibles et à long terme
Au cours des différentes sessions, les jeunes ont appelé à investir dans les organisations dirigées par des jeunes, les innovateurs et les entrepreneurs locaux. Ils ont souligné la nécessité d’un financement de base accessible et pluriannuel, ainsi que d’un soutien aux réseaux de jeunes existants qui jouissent déjà de la confiance de la communauté et disposent d’un rayonnement local. Les jeunes leaders ont également insisté sur le fait que les bailleurs de fonds devraient repérer les jeunes déjà engagés dans des activités entrepreneuriales liées à la santé et aux droits sexuels et reproductifs, investir dans leur travail et nouer des partenariats avec eux. Les mécanismes de financement participatif menés par les communautés ont été identifiés comme un axe particulièrement prometteur pour amplifier ces initiatives.
5. Établir des partenariats intergénérationnels fondés sur le partage des responsabilités et des pouvoirs
Les jeunes envisagent des modèles de partenariat dans lesquels la prise de décision est partagée entre les jeunes et les personnes plus âgées. Une véritable collaboration intergénérationnelle, et non une simple participation symbolique, est nécessaire pour parvenir à une inclusion significative, à une réforme des systèmes et à des résultats communs en matière de plaidoyer. Les jeunes ont mis en avant certains modèles de bonnes pratiques, tels que le réseau IBP, le TAAC (The Advocacy and Accountability Collaborative) et la « vague de jeunesse » du Hub FP2030 pour l'Amérique latine et les Caraïbes, en tant que plateformes qui mettent déjà en œuvre un partenariat intergénérationnel significatif.
6. Renforcer les compétences numériques et la sécurité des plateformes numériques pour l'apprentissage en matière de santé et de droits sexuels et reproductifs
De la collecte de données à la sensibilisation des communautés, les outils numériques sont indispensables. Les jeunes ont souligné la nécessité de formations en culture numérique, de protocoles de cybersécurité et d'outils adaptés aux appareils mobiles, permettant d'atteindre les groupes défavorisés tout en limitant au maximum la désinformation et l'exclusion numérique.
7. Renforcer les partenariats intersectoriels associant les acteurs des domaines du climat, de la santé, de l'éducation, des communautés religieuses et les innovateurs du secteur privé
Les jeunes ont souligné que la santé et les droits sexuels et reproductifs ne sont pas des questions isolées. Ils ont appelé à la mise en place de partenariats globaux et multisectoriels associant l'adaptation au changement climatique, la prévention de la violence sexiste, l'inclusion des personnes handicapées, les communautés religieuses et les innovateurs du secteur privé afin de répondre aux complexités du monde réel.
8. Mettre en place des parcours pilotés par les jeunes pour traduire les données factuelles en actions concrètes, en s'appuyant sur des partenariats avec les communautés confessionnelles et les artistes
Les jeunes ont souligné la nécessité de mettre en place des mécanismes concrets et adaptés au contexte culturel, permettant de traduire les données probantes en changements au niveau des programmes et des politiques. L'accent a été mis de manière générale sur le renforcement de partenariats non traditionnels, tels que ceux entre les jeunes leaders et les communautés confessionnelles, ainsi que ceux entre les chercheurs, les responsables de programmes ou les décideurs politiques en matière de santé sexuelle et reproductive, et les artistes.
9. Les pratiques d'autogestion de la santé doivent être développées et intégrées en tant qu'approche centrale, pilotée par les jeunes, dans les domaines du VIH et de la planification familiale — et non pas considérées comme une intervention secondaire
Il est important de souligner que l'autogestion de la santé n'est pas seulement un ensemble d'outils, mais un modèle fondé sur les droits et centré sur les jeunes, qui renforce l'autonomie, la confidentialité et l'accès à la prévention et au traitement du VIH, ainsi qu'à la planification familiale. Les participants ont appelé à la mise en place de modèles de prestation de services intégrés combinant des approches communautaires, en établissement et numériques (y compris des outils numériques hors ligne et des chatbots), ainsi qu’à l’intégration de l’autogestion dans les politiques gouvernementales officielles et les systèmes de santé. Au cœur de cette idée se trouve la reconnaissance du fait que les jeunes, en particulier ceux confrontés à la stigmatisation, au handicap, à la pauvreté ou à la marginalisation, doivent être des concepteurs, des leaders et des acteurs de la mise en œuvre, et non de simples bénéficiaires passifs de services.
10. La participation active et précoce des organisations dirigées par des jeunes dans les contextes fragiles et humanitaires est essentielle
Ces organisations sont déjà actives dans le domaine de la santé et des droits sexuels et reproductifs, mais elles restent trop peu reconnues et insuffisamment soutenues. Il est nécessaire d’identifier et de renforcer de manière ciblée leurs capacités afin qu’elles disposent des connaissances et des outils nécessaires dans les situations d’urgence, notamment pour comprendre et mettre en œuvre les ensembles de services initiaux minimaux (MISP) destinés aux populations à risque.
Cette approche reconnaît également le rôle essentiel que peuvent jouer les organisations dirigées par des jeunes dans la mise en place de systèmes de santé d'urgence à l'échelle communautaire. En les aidant à prendre les rênes et à innover — que ce soit par le biais de mécanismes d'alerte précoce, de modèles d'intervention adaptés au contexte local ou de solutions issues de la communauté —, elles peuvent contribuer à la mise en place de systèmes plus réactifs et inclusifs, et aider à réduire les problèmes liés à la santé et aux droits sexuels et reproductifs dans les situations humanitaires.
La question qui se pose donc maintenant est la suivante : comment faire avancer ces idées, ensemble ?
Les membres du sous-comité Jeunesse, aux côtés d’autres dirigeants, sont impatients de collaborer avec des partenaires et des parties prenantes pour concrétiser ces idées. Même si certaines d’entre elles ne sont pas tout à fait nouvelles, le Sommet de la jeunesse les a amplifiées, en les ancrant dans des expériences réelles issues des communautés, où les jeunes les ont déjà testées et ont constaté des résultats prometteurs.
Nous encourageons toutes les personnes impliquées dans la planification et l'organisation de rencontres consacrées à la santé et aux droits sexuels et reproductifs (SRHR) ainsi qu'à d'autres questions de santé mondiale à réfléchir à ces dix idées et à la manière d'intégrer certaines des stratégies et approches mises en œuvre lors du Sommet des jeunes de l'ICFP.




