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Pourquoi la santé et les droits sexuels et reproductifs relèvent de la justice sociale, et ce que nous devons faire à ce sujet

18 mars 2026

Alors que le monde entier célébraitla Journée mondiale de la justice sociale (le 20 février), le sous-comité « Power Shifting » de l’ICFP a organisé un dialogue mondial afin d’aborder une question urgente : pourquoi la santé et les droits sexuels et reproductifs (SDSR) constituent-ils un enjeu de justice sociale ? La discussion est allée au-delà de la théorie pour s’ancrer dans les réalités du quotidien.

Clara Maliwa(PNUD Tanzanie) a posé les bases de la discussion avec force :« La justice sociale commence lorsque nous nous reconnaissons mutuellement comme des êtres humains à part entière. »S'exprimant non pas d'un point de vue théorique, mais à partir de son expérience vécue en tant que personne atteinte d'albinisme ayant été confrontée à la stigmatisation, à la discrimination et à la violence, elle a rappelé aux participants que l'injustice apparaît lorsque la dignité est bafouée. Lorsqu’elle a déclaré :« Lorsque le système de santé juge au lieu de soigner, c’est de l’injustice sociale »,le message est devenu clair : la santé et les droits sexuels et reproductifs ne concernent pas seulement les services ; ils concernent le pouvoir, la dignité et la question de savoir qui est traité comme un être humain à part entière. Son interpellation a résonné tout au long de la session :« Pourquoi la survie devrait-elle être la norme ? »

Cinamon Nyagaka, médecin et défenseur de la cause des jeunes originaire du Kenya, a donné le ton de la table ronde en invitant les intervenants et les participants à ne pas se contenter d’être des observateurs neutres, mais à s’impliquer en tant que personnes directement concernées par les questions de savoir qui détient le pouvoir dans le domaine de la santé, quelles connaissances sont prises en compte et à quoi ressemble réellement la justice dans la pratique.

Les intervenants ont souligné que l'injustice est à la fois structurelle et orchestrée.Nomtika, de Frontline AIDS, a clairement indiqué que ce que beaucoup considèrent comme un accès aux soins de santé reste, en réalité, un privilège :« Toutes ces choses sont actuellement considérées comme des privilèges, alors qu'il s'agit en fait de droits humains fondamentaux. » Elle a décrit la justice reproductive non pas comme un concept juridique, mais comme l’existence de conditions sociales, économiques et politiques réelles qui permettent aux personnes de prendre des décisions concernant leur corps et leur vie sans subir de préjudice ni de sanction structurelle.

Amaranta Gómez-Regalado, militante autochtone zapotèque et anthropologue, a apporté une dimension essentielle au débat : la lutte inachevée contre la colonialité. Elle a souligné que l’accès à la santé devait être adapté à la culture, tenir compte de la langue, de l’identité et du contexte communautaire, et que le racisme et le classisme continuaient d’influencer les résultats en matière de santé, notamment par le biais de données manquantes ou faussées. En rappelant que la diversité de genre n’est pas un phénomène nouveau, mais ancestral, elle a mis les systèmes au défi de ne plus rester à la traîne par rapport aux communautés qui l’ont toujours su.

Concernant le caractère coordoné de cette réaction hostile,Naike Ledan, de l’ILGA World, s’est montrée sans détour :« Les acteurs anti-droits sont transnationaux, s’appuient sur un discours bien défini et agissent de manière stratégiquement coordonnée. » Elle a décrit un scénario récurrent mêlant restrictions juridiques, panique morale, religion instrumentalisée et désinformation numérique, et l’a qualifié pour ce qu’il est : non pas un préjugé local, maisune « restructuration de la gouvernance par le genre ».Cela signifie que faire progresser la justice sociale en matière de santé et de droits sexuels et reproductifs nécessite une coordination équitable, une stratégie à long terme et des mouvements qui refusent d’être fragmentés.

La séance s'est achevée par la définition de mesures concrètes à mettre en œuvre à différents niveaux ;

Auniveau individuel, les participants ont été encouragés à raconter leur histoire, à lutter contre la stigmatisation dans leurs conversations quotidiennes, à rédiger des articles, à se mobiliser au sein de leur communauté et à joindre le geste à la parole.

Auniveau social et communautaire, l'appel consistait à briser les cloisonnements et à mettre en place cequ'Amarantaa qualifié d'« intersectionnalité collaborative », en allant au-delà de la simple description des luttes qui se recoupent pour passer à une organisation active qui les transcende.Nomtikaa réaffirmé un principe fondamental :« Les communautés détiennent les solutions à leurs problèmes »,et les programmes doivent être conçus pour refléter cela, et non pour passer outre.

Ducôté desbailleurs defonds, le message était sans équivoque.Naikea directement remis en cause le paysage du financement :« Les bailleurs de fonds doivent se mettre à notre niveau. » Les infrastructures, notamment la sécurité, le pouvoir de narration, la coordination des mouvements et l’organisation de rassemblements, doivent cesser d’être considérées comme des frais généraux et commencer à être reconnues comme un travail de première ligne.Amarantaest allée plus loin, appelant à une diversification au-delà de la philanthropie du Nord et à un investissement accru dans le financement Sud-Sud et la solidarité régionale :« Necesitamos diversificar… pensar en financiamientos del sur » –nous devons diversifier et penser au financement provenant du Sud.

Auniveau gouvernemental, les engagements doivent passer de simples mesures sur le papier à une mise en œuvre concrète : il faut investir dans des systèmes de santé inclusifs, mettre fin à la stigmatisation dans les établissements de soins, protéger l'espace civique et veiller à ce que les droits légaux se traduisent par une protection effective pour les personnes les plus exclues.

Dans l’ensemble, ce webinaire nous a rappelé que la justice sociale n’est ni de la charité, ni un simple slogan. C’est une question de conception. Ce sont des priorités de financement. C’est la manière dont les systèmes réagissent face à la vulnérabilité. Comme l’a concluClara:« La justice commence dès l’instant où nous nous reconnaissons mutuellement comme des êtres humains à part entière. Et tant que cette reconnaissance ne sera pas une réalité, notre travail ne sera pas achevé. »

La Journée mondiale de la justice socialen'est peut-être qu'une date sur le calendrier, mais la responsabilité d'agir, tant au niveau individuel que collectif et institutionnel, nous incombe à tous, chaque jour.

Rédigé par les animateurs du webinaire : Goodness Odey et Innocent Grant.

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