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Le transfert de pouvoir n'est pas un débat d'opinion. C'est une pratique.

30 septembre 2026

La redistribution du pouvoir n'est pas un sujet de discussion. C'est une pratique.
Réflexions tirées du webinaire 1 de la série « Transfert de pouvoir dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive »

Le 13 mai 2026, le sous-comité sur le transfert de pouvoir de l'ICFP et la communauté de pratique du réseau IBP de l'OMS sur le transfert de pouvoir dans le domaine des SSR ont ouvert une série de webinaires en deux parties avec une question qui semblait plus urgente que d'habitude : à quoi ressemble réellement le transfert de pouvoir lorsque les fonds se tarissent ?

C'est une question légitime. Au cours de l'année écoulée, les coupes budgétaires et le gel de l'aide ont contraint les organisations du secteur de la santé et des droits sexuels et reproductifs (SDSR) à repenser non seulement leurs budgets, mais aussi la répartition du pouvoir décisionnel. Ce premier webinaire, intitulé « Transfert de pouvoir en pratique », a réuni des praticiens du Kenya, du Myanmar et du Bénin, ainsi qu'une chercheuse de renom travaillant sur l'ensemble du continent africain, afin de partager en toute transparence leurs enseignements.

Récapitulatif
  • Les coupes budgétaires ne se limitent pas à une réduction des budgets ; elles obligent à une prise de conscience collective sur qui détient réellement le pouvoir de décision dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive.
  • Quatre praticiens du Kenya, du Myanmar et du Bénin décrivent à quoi ressemble le transfert de pouvoir dans la pratique quotidienne, et non dans le langage politique.
  • Le fil conducteur : il s'agit de savoir qui définit l'ordre du jour, qui contrôle l'argent et à qui l'on fait confiance pour connaître les besoins de sa communauté – et pas seulement qui a une place à la table des négociations.

Tout commence par qui est dans la pièce

Goodness Ogeyi Odey, coprésidente du sous-comité « Transfert de pouvoir » de l’ICFP, a ouvert la session en la replaçant dans un contexte plus large. Ce n’était pas la première fois que la communauté se réunissait autour de cette question. Une série de webinaires similaire avait eu lieu en 2023, peu après la conférence ICFP2022 en Thaïlande, où des organisations avaient partagé leurs expériences concrètes en matière de gestion des dynamiques de pouvoir. Trois ans plus tard, la situation est bien différente. L’année dernière seulement, d’importantes organisations philanthropiques et des gouvernements ont réduit ou gelé leur aide, et Goodness a été directe quant aux conséquences : il ne s’agit plus seulement de savoir comment le pouvoir est partagé, mais aussi comment ce partage peut perdurer lorsque les financements qui le sous-tendent disparaissent.

Nandita Thatte, responsable technique à l'OMS et directrice du réseau IBP, a ensuite rappelé que le mandat de l'OMS émane de ses 194 États membres, et non de donateurs ou de fondations, et que même une grande institution dirigée par ses membres doit mener son propre travail interne sur le pouvoir.

« C’est l’occasion pour nous de repenser le financement de la santé mondiale, de déterminer qui en est le véritable décideur et comment cette architecture de la santé mondiale peut réellement bénéficier aux populations qui en ont le plus besoin. »

— Nandita Thatte, Réseau IBP de l'OMS

Quatre praticiens, un thème récurrent : faire confiance à la communauté

Le point d'orgue de la session était une table ronde animée par Esenam Amuzu, spécialiste des questions de genre et des médias, et journaliste au Family Planning Media Network. Chaque intervenant a décrit le transfert de pouvoir non pas comme une simple politique ou condition d'octroi de subvention, mais comme un ensemble de choix quotidiens, parfois difficiles.

Evelyne Opondo
Evelyne Opondo
Directrice exécutive, Centre international de recherche sur les femmes (ICRW) Afrique

Evelyne Opondo a retracé son parcours, d'une organisation d'aide juridique kényane à la direction de l'ICRW, décrivant la restructuration de l'organisation, passée d'une ONG internationale centralisée à un réseau décentralisé doté de bureaux régionaux autonomes et gérés localement. Pour l'ICRW, a-t-elle expliqué, cela a impliqué de se poser des questions essentielles : qui définit les priorités de recherche ? Qui décide de ce qui constitue un succès ? Et à qui le savoir est-il considéré comme crédible ?

Patricia Nudi Orawo
Patricia Nudi Orawo
Fondatrice et directrice générale de STADA Kenya

Patricia Orawo a expliqué que STADA Kenya s'est construite autour du principe selon lequel les communautés qu'une organisation prétend servir doivent concevoir les solutions, et non les subir. Concrètement, cela s'est traduit par l'embauche directe de jeunes mères et de personnes déplacées au sein des équipes de STADA, et par la mise en place d'un comité de jeunes mères qui prennent les décisions relatives au fonctionnement des projets. Elle a également abordé la question du financement avec franchise : STADA a appris à refuser les financements susceptibles de compromettre ses programmes ou ses relations avec les communautés locales, et a développé des entreprises sociales, notamment une initiative de distribution de serviettes hygiéniques réutilisables gérée par des femmes de la région, afin d'assurer la pérennité des projets au-delà de la durée des subventions.

Phyu Nwe Win
Phyu Nwe Win
Karenni Policy Support · Groupe de travail sur le genre dans l'action humanitaire · Réseau asiatique pour mettre fin aux MGF/C

Phyu Nwe Win a apporté un éclairage plus dur à la conversation, en décrivant les réalités du travail dans le secteur humanitaire birman depuis 2021. Elle a évoqué les risques sécuritaires liés même aux réunions pour partager des données, l'obstacle que constituent les exigences d'enregistrement officiel pour les organisations locales qui tentent d'accéder directement aux financements, et sa conviction que le transfert de pouvoir n'a de sens que lorsqu'il modifie qui dirige et qui est financé, et pas seulement qui est consulté.

Blandine Kotobiodjo
Blandine Kotobiodjo
Spécialiste Genre et SSR, Institut national de formation et de renforcement des capacités d'ingénierie du Bénin

Blandine Kotobiodjo revient sur son travail à l'intersection du genre, de l'éducation et de la santé sexuelle et reproductive. Elle décrit le transfert de pouvoir comme un retour à la prise de décision entre les mains des acteurs locaux, des communautés, des femmes, des jeunes et des institutions nationales, plutôt que l'importation de modèles conçus ailleurs. Pour elle, transférer le pouvoir dans l'éducation à la santé signifie impliquer les acteurs nationaux dans la conception des programmes, respecter les langues et les cultures locales et renforcer le leadership des femmes dans les instances décisionnelles.

Ce qu'ont ajouté les participants

La discussion en petits groupes a permis d'intégrer des perspectives bien au-delà des intervenants initiaux. Des participants chiliens et indiens ont décrit comment la montée en puissance de politiques plus conservatrices ou patriarcales réduit l'espace et les budgets alloués à la société civile, notamment pour des programmes comme la protection de la petite enfance et la planification familiale, parfois par le biais de décrets exécutifs court-circuitant tout contrôle législatif. Un participant, évoquant l'évolution du Rotary International, a noté une réelle, quoique progressive, évolution du leadership vers les jeunes et les femmes au sein d'une organisation à la structure traditionnellement patriarcale. Un autre participant a soulevé une question cruciale concernant l'éthique de la recherche : face à la décentralisation des organisations, qui garantit la cohérence des normes éthiques de protection des participants à la recherche au sein des nouvelles structures régionales autonomes ?

La ligne directrice

Dans des contextes très différents, une idée commune n'a cessé de refaire surface : le transfert de pouvoir ne se résume pas principalement à une question de places à une table ou de lignes dans un document stratégique.

Il s'agit de savoir qui fixe l'ordre du jour, qui contrôle l'argent, qui définit le succès et à qui l'on fait confiance pour connaître les besoins de sa propre communauté.

Lorsque les ressources diminuent, la tâche ne devient pas plus facile. Mais comme l'ont suggéré plusieurs intervenants, c'est précisément en période de restrictions budgétaires que les excuses pour ne pas partager le pouvoir commencent à s'épuiser.

Poursuivre la série

Lisez l'article de blog sur le webinaire 2 de la série « Transfert de pouvoir dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive » du 10 juin 2026, où nous avons exploré les dimensions géopolitiques de la diplomatie en matière de santé et ce à quoi pourraient ressembler des alternatives équitables et locales aux modèles de financement extractifs.

Visionnez l'enregistrement du webinaire 1
À propos de l'auteur
Bonté Ogeyi Odey
Bonté Ogeyi Odey

Goodness Ogeyi Odey est une spécialiste de santé publique passionnée par le renforcement des systèmes de santé et l'accès équitable à une santé durable à l'échelle mondiale, ainsi qu'à la couverture sanitaire universelle. Boursière Chevening, elle poursuit un master en politiques, planification et financement de la santé à la London School of Hygiene and Tropical Medicine (LSHTM) et à la London School of Economics and Political Science (LSE). En 2022, elle a reçu le prix Diana et le prix ICFP Trailblazer en reconnaissance de son leadership en faveur de l'équité en santé en Afrique, grâce à son plaidoyer, ses recherches et ses interventions durables. Elle est actuellement coprésidente du sous-comité « Transformation du pouvoir » de l'ICFP et de la communauté de pratique « Transformation du pouvoir dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive ». Par-dessus tout, Ogeyi est une enfant de Dieu, et sa valeur est inestimable.